Royalties et Streaming : investir dans l'or sans creuser
Découvrez le business model le plus rentable du secteur minier. Comment Franco-Nevada et Wheaton génèrent des marges de 90% sans posséder une seule mine.

Pour un investisseur qui souhaite miser sur l'or ou l'argent, le choix semble souvent limité à deux options frustrantes.
La première est d'acheter du métal physique (pièces, lingots) ou des ETF qui le répliquent. C'est sécurisant, mais le métal ne produit rien et ne verse pas de dividende.
La seconde option est d'acheter des actions de sociétés minières. L'idée est séduisante : si le cours monte, les profits de la mine devraient exploser. Le problème ? L'industrie minière est un métier incroyablement difficile. Une mine peut voir ses coûts d'énergie flamber, subir des grèves, des inondations ou des problèmes politiques. En achetant une action minière, vous n'achetez pas seulement du métal précieux — vous achetez aussi tous les problèmes de l'entreprise qui tente de l'extraire.
Mais il existe une troisième voie. C'est le secret le mieux gardé de la finance des ressources naturelles. Bienvenue dans le monde des sociétés de Royalties et de Streaming.
Pourquoi les mines ont-elles besoin de ce modèle ?
Pour comprendre la beauté du modèle des royalties, il faut d'abord comprendre la douleur du modèle minier traditionnel.
Imaginez que vous découvrez un gisement d'or prometteur. Excellente nouvelle ! Mais votre or est enfoui sous terre au milieu de nulle part. Avant de pouvoir vendre votre première once, il va falloir construire la mine.
Construire une mine moderne coûte une fortune. On parle de centaines de millions, voire de milliards de dollars pour creuser les tunnels, construire les usines de traitement et acheter des camions géants. Le problème ? La société minière doit dépenser cet argent aujourd'hui, mais elle ne commencera à gagner de l'argent que dans plusieurs années, une fois la mine construite.
Les banques sont souvent frileuses pour prêter de telles sommes sur des projets aussi risqués. C'est là qu'intervient le "chevalier blanc" : la société de royalties.
Le mécanisme : le banquier qui se paie en métal
Le concept est simple : une société de royalties agit comme un banquier spécialisé. Elle apporte une grosse somme d'argent cash à la société minière au moment où celle-ci en a le plus besoin.
Mais au lieu de demander des remboursements d'intérêts classiques, la société de royalties demande une part de la production future. Voici les deux variantes principales.
La Royalty (redevance sur le chiffre d'affaires)
La société de royalties donne du cash aujourd'hui. En échange, la mine s'engage à lui verser à vie un petit pourcentage de tout ce qu'elle vend (par exemple 2%).
Le point crucial : ce pourcentage est calculé sur le chiffre d'affaires, avant que la mine ne paie ses propres factures. Que le prix du carburant ou les salaires des mineurs doublent, cela n'impacte pas le détenteur de la royalty. C'est une rente pure.
Le Streaming (droit d'achat à prix cassé)
C'est une variante encore plus lucrative. La société de streaming donne du cash pour financer la mine. En échange, elle obtient le droit d'acheter une partie de la production future à un prix fixe extrêmement bas.
C'est ici que la magie financière opère.
Exemple chiffré avec l'or à 5 000 $ l'once :
- La mine extrait une once d'or
- À cause de son contrat de streaming, elle doit la vendre à la société de streaming pour 400 $ (prix fixe convenu)
- La société de streaming récupère cette once et la revend immédiatement sur le marché à 5 000 $
- Marge brute instantanée : 4 600 $ par once
Dans les deux cas, la société de royalties/streaming finance la construction mais ne participe jamais aux coûts ni aux risques de l'exploitation quotidienne.
L'étude de cas ultime : Franco-Nevada
Pour illustrer la puissance de ce modèle, prenons Franco-Nevada (FNV), la référence absolue du secteur.
Franco-Nevada ne possède pas de camions, n'embauche pas de mineurs et ne creuse pas de trous. Elle gère un portefeuille de contrats financiers.
Des marges hallucinantes
Franco-Nevada est une entreprise valant des dizaines de milliards de dollars en bourse. Combien d'employés pour gérer cet empire ? Moins de 40 personnes dans un bureau à Toronto.
Leurs seuls coûts sont les salaires de ces employés (experts financiers et géologues de bureau) et le loyer.
Cette structure leur permet d'afficher des marges bénéficiaires incroyables. Sur un dollar de revenu généré par une royalty, il leur reste souvent plus de 90 centimes de profit brut.
Le bonus gratuit de l'exploration
Franco-Nevada possède des royalties sur des centaines de terrains à travers le monde. Si une compagnie minière explore un de ces terrains et trouve un nouveau gisement géant, la valeur de la royalty explose — sans que Franco-Nevada n'ait dépensé un seul centime en forage.
Ce sont les autres qui paient pour l'exploration. Franco-Nevada encaisse les bénéfices.
Les principaux acteurs du secteur
| Société | Ticker | Spécialité | Actifs |
|---|---|---|---|
| Franco-Nevada | FNV (TSX/NYSE) | Or, argent, pétrole | 400+ |
| Wheaton Precious Metals | WPM (TSX/NYSE) | Argent, or | 20+ mines |
| Royal Gold | RGLD (NASDAQ) | Or principalement | 180+ |
| Osisko Gold Royalties | OR (TSX/NYSE) | Or, Canada | 180+ |
| Sandstorm Gold | SAND (TSX/NYSE) | Or, diversifié | 250+ |
Pourquoi ce modèle séduit les investisseurs
Protection contre l'inflation
C'est l'argument numéro un. Dans un monde inflationniste, une société minière souffre : le prix de l'énergie, de l'acier et les salaires augmentent, ce qui grignote ses profits même si l'or monte.
La société de royalty est immunisée. Elle touche son pourcentage sur le chiffre d'affaires. Si l'or monte, ses revenus montent. Si les coûts du mineur explosent, ce n'est pas son problème.
Une machine à cash et à dividendes
Grâce à leurs marges astronomiques et leurs besoins quasi inexistants en réinvestissement (elles n'ont pas de machines à remplacer), ces sociétés génèrent énormément de cash.
Elles redistribuent souvent ce cash aux actionnaires sous forme de dividendes réguliers et croissants — une rareté dans le secteur des matières premières.
Les risques à considérer
Le tableau semble idyllique, mais ce modèle n'est pas sans risques.
Risque opérationnel de la mine
Une royalty ne vaut quelque chose que si la mine produit. Si l'opérateur minier fait faillite, si la mine est nationalisée par un gouvernement hostile, ou si un problème technique majeur force la fermeture du site, le flux d'argent s'arrête.
C'est pourquoi des sociétés comme Franco-Nevada diversifient énormément, possédant des centaines d'actifs pour ne pas dépendre d'une seule mine.
Valorisation élevée
Les investisseurs ont compris la qualité de ce modèle. Ces sociétés se paient souvent très cher en bourse par rapport aux mines classiques. Il faut accepter de payer une prime pour la qualité.
L'analogie immobilière
Pour résumer simplement : pensez à l'immobilier.
Investir dans une société minière traditionnelle, c'est comme être un promoteur immobilier. Vous prenez le risque de la construction, vous gérez les chantiers, les retards et les surcoûts.
Investir dans une société de royalties, c'est comme être le propriétaire du terrain qui a signé un bail avec le promoteur. Vous lui donnez le droit de construire en échange d'un pourcentage des loyers futurs. Vous ne gérez pas les fuites d'eau ni la toiture. Vous vous contentez d'encaisser le chèque, année après année.
C'est un modèle qui transforme une industrie risquée et cyclique en une rente financière aux marges élevées.
Key Takeaways
- Les sociétés de royalties/streaming financent les mines en échange d'une part de la production future
- Elles ne supportent aucun coût opérationnel : marges supérieures à 90%
- Franco-Nevada gère des dizaines de milliards avec moins de 40 employés
- Protection naturelle contre l'inflation des coûts miniers
- Dividendes réguliers et croissants, rare dans le secteur
- Diversification sur des centaines d'actifs pour limiter le risque
- Valorisation premium en bourse : vous payez pour la qualité
Cet article présente une analyse informative à des fins éducatives. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé — faites toujours vos propres recherches.
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