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Jupiter Asset Management vs Eric Sprott : Deux géants aux philosophies convergentes sur l'argent

Quand le fonds institutionnel le plus respecté du secteur et le family office le plus influent co-investissent, c'est un signal fort. Analyse de leurs stratégies et positions communes.

Jupiter Asset Management vs Eric Sprott : Deux géants aux philosophies convergentes sur l'argent

Dans l'univers des métaux précieux, deux noms dominent le paysage des investisseurs institutionnels : Jupiter Asset Management, gestionnaire britannique dirigé par Ned Naylor-Leyland, et le Family Office d'Eric Sprott, le légendaire milliardaire canadien des métaux précieux. Bien que leurs structures et leurs contraintes diffèrent radicalement, leurs thèses d'investissement convergent vers une même conviction : l'argent métal est sur le point de connaître un mouvement parabolique historique.

Deux structures, deux horizons temporels

Jupiter Gold & Silver Fund gère environ 49 milliards de dollars d'actifs au niveau du groupe Sprott Inc. (attention, à ne pas confondre avec le Family Office personnel d'Eric Sprott). Le fonds de Ned Naylor-Leyland, lui, opère dans un cadre réglementé strict avec des obligations de liquidité, de diversification et de reporting. Cette structure impose une discipline : un portefeuille concentré de 50 à 60 positions, une rotation annuelle de 20 à 40%, et une allocation flexible entre bullion physique et actions minières.

Le Family Office d'Eric Sprott jouit d'une liberté totale. Sprott peut prendre des positions de 10%, 20%, voire 40% dans une seule junior exploration sans se soucier des limites réglementaires. Cette flexibilité lui permet d'être le premier argent "patient" à entrer au capital des juniors prometteuses via des placements privés, souvent avec des warrants attractifs.

Une philosophie commune : l'argent comme métal monétaire

Ned Naylor-Leyland martèle depuis des années sa thèse centrale : l'or et l'argent ne sont pas des commodités, mais des devises monétaires. Dans une interview récente, il déclarait que l'environnement actuel est "parfait" pour les métaux précieux : stagflation persistante, taux réels négatifs, et nécessité structurelle pour les banques centrales de couper les taux malgré une inflation collante.

Eric Sprott partage cette vision avec une conviction encore plus radicale. Fin 2025, il affirmait : "The whole story is silver" (toute l'histoire, c'est l'argent). Sa répartition personnelle ? 60% argent, 40% or. Il souligne que le marché physique dicte désormais les prix, citant l'exemple de l'Inde important 55 millions d'onces en un seul mois – un rythme qui, annualisé, consommerait la quasi-totalité de la production minière mondiale.

Des portefeuilles qui se recoupent

L'analyse des positions révèle des convergences frappantes. Discovery Silver, première position du fonds Jupiter avec plus de 10% du portefeuille, est également un favori de Sprott qui considère le projet Cordero comme l'un des plus importants gisements d'argent au monde.

Les deux investisseurs se retrouvent également sur :

  • First Majestic Silver : position majeure chez Jupiter (~6%), ancien investissement de Sprott
  • Endeavour Silver : présent dans le top 10 Jupiter
  • Apollo Silver : investissement stratégique conjoint de 25 millions CAD annoncé en décembre 2025, où Jupiter détient 12,1% et Sprott 9,6%
  • Outcrop Silver : financement conjoint de 23 millions CAD en octobre 2025

Cette dernière transaction illustre parfaitement la dynamique actuelle : quand le fonds institutionnel le plus respecté du secteur et le family office le plus influent co-investissent dans une junior, c'est un signal fort pour le marché.

Des différences dans l'exécution

Jupiter privilégie une approche défensive avec une allocation significative au bullion physique via les Sprott Physical Trusts (environ 17-18% du portefeuille combiné). Le fonds évite systématiquement les juridictions à risque, se concentrant exclusivement sur les Amériques et l'Australie. Naylor-Leyland refuse d'investir en Afrique, Asie centrale ou Russie, où les standards de gouvernance sont jugés insuffisants.

Sprott prend des risques que Jupiter ne peut pas se permettre. Il investit massivement dans des juniors exploration pure, participe à des placements privés avec des warrants agressifs, et n'hésite pas à détenir 20% ou plus d'une société. Sa stratégie repose sur la conviction que certaines de ces juniors seront rachetées par des majors affamées de réserves.

Ce que cela signifie pour l'investisseur particulier

Pour nous, investisseurs retail, observer où ces deux géants placent leur argent offre une feuille de route précieuse. Leurs positions communes – Discovery Silver, First Majestic, Apollo Silver – méritent une attention particulière. Quand la "smart money" institutionnelle et le "patient money" du family office convergent, c'est généralement un signal de qualité.

Cependant, gardons en tête les différences de contraintes :

  • Jupiter doit maintenir une liquidité suffisante pour faire face aux rachats de parts
  • Sprott peut rester bloqué dans une position illiquide pendant des années
  • Les juniors dans lesquelles Sprott investit via placements privés ne sont pas toujours accessibles au retail au même prix

Perspectives 2026

Ned Naylor-Leyland estime que les minières aurifères génèrent désormais plus de free cash-flow que le secteur technologique. Eric Sprott va plus loin, évoquant un argent à 200-250 dollars l'once comme scénario réaliste, citant les projections paraboliques de Michael Oliver.

Les deux investisseurs s'accordent sur un point crucial : le déficit structurel d'offre d'argent (cinquième année consécutive) combiné à la demande industrielle record (680 millions d'onces en 2024 pour l'industrie seule) crée les conditions d'un squeeze historique.

Pour les investisseurs francophones qui suivent ce secteur, la convergence Jupiter-Sprott constitue probablement le signal le plus clair que le marché haussier de l'argent entre dans sa phase d'accélération. Les deux approches – institutionnelle réglementée et family office agile – pointent dans la même direction : surpondérer l'argent par rapport à l'or, privilégier les juniors de qualité dans des juridictions sûres, et se préparer à une volatilité extrême.

Key Takeaways

  • Jupiter et Sprott convergent sur Discovery Silver, First Majestic, Apollo Silver et Outcrop Silver
  • Allocation Sprott : 60% argent, 40% or - une conviction rare chez les grands investisseurs
  • Déficit structurel : 5ème année consécutive de déficit d'offre sur l'argent
  • Demande industrielle record : 680M oz en 2024, tirée par le solaire et l'électronique
  • Signal pour le retail : quand smart money et patient money s'alignent, c'est un indicateur fort
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Cet article présente une analyse informative à des fins éducatives. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé — faites toujours vos propres recherches.

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